les anges de l'infini

forum de spiritualité, voyance et médiumnité


    La légende du roi-pêcheur - les mots qui libèrent

    Partagez
    avatar
    angelia
    Admin
    Admin

    Messages : 28
    Date d'inscription : 22/11/2009

    La légende du roi-pêcheur - les mots qui libèrent

    Message par angelia le Dim 22 Nov - 20:35

    Nous sommes en ces temps très anciens où les chevaliers héroïques qui composaient la cour du Roi Arthur parcouraient le monde en quête d’aventures extraordinaires.
    L’histoire qui suit est un des épisodes de la vie du jeune chevalier Perceval, jeune homme bien élevé par sa mère, qu’il a quittée pour devenir chevalier à la cour du Roi Arthur.

    Le chevalier Perceval chevauchait à l’aventure dans la campagne, et il parvient un jour dans un pays à l’étrange aspect : tout y semble mort, la terre est aride, sans un brin d’herbe, les arbres sont secs, on n’y entend aucun chant d’oiseau, on n’y croise aucun animal. Les villages semblent abandonnés, et aucun foyer ne fume. Le ciel est gris, sans lumière, il y fait froid : c’est le "Gaste Pays" (le Pays "Gâté", ou "Pourri").

    Au hasard d’un détour du chemin, Perceval aperçoit un homme en train de pêcher dans une rivière asséchée. Il s’approche de l’homme, qui lui explique être le Roi du pays. Comme il a été blessé "au haut de la cuisse" (comprendre que sa virilité a été atteinte), son royaume périclite et lui-même ne peut plus avoir d’autre occupation que pêcher vainement dans une rivière sans vie.

    Le Roi invite le jeune chevalier à rester en son château pour la nuit, ce qu’il accepte.
    Le palais du Roi Pêcheur est d’une magnificence qui contraste de manière frappante avec la tristesse des visages des habitants du château : tout le monde se lamente, pleure, on n’entend aucune musique ni aucun chant ni aucun rire, et toute la richesse du palais semble bien dérisoire tant les gens sont tristes.

    Les domestiques montrent sa chambre à Perceval, une chambre meublée de bois précieux, tendue d’étoffes brodées de fil d’or et d’argent, dont le sol est tapi de fourrures, et il trouve à son attention des vêtements frais, d’une blancheur immaculée, dont il se revêt avant de se rendre dans la salle où est dressé le repas.

    Là, il prend place à la droite du Roi, à la place d’honneur, et le repas est servi sur une grande table de marbre d’une seule pièce, soutenue par des tréteaux en bois d’ébène. Les mets les plus raffinés sont servis en abondance, ainsi que le vin le plus fin que le jeune chevalier ait jamais eu le plaisir de boire.
    Et pourtant, la cour assemblée dans la pièce regarde tristement le jeune chevalier, et le Roi ne parle presque pas, posant tout juste quelques questions à Perceval pour connaître des nouvelles du monde.

    Soudain, Perceval assiste à un bien étrange spectacle : devant la table dressée, dans un silence à peine troublé par les pleurs et les sanglots de la cour de Roi, un merveilleux cortège traverse la salle. Un jeune homme blond, vêtu tout de blanc, porte en tête du cortège une lance dont le fer laisse couler une goutte de sang le long de la hampe. Il est suivi d’une magnifique jeune femme, la plus belle et la plus douce que le jeune Perceval ait jamais vue, même en rêve, qui porte un plateau d’argent magnifiquement ciselé, sur lequel est posé une coupe d’or, sertie des pierres les plus précieuses, et d’où irradie une lumière vive qui projette sur l’assistance un éclairage féerique et chaleureux.

    Perceval est très surpris de ce cortège, qui passe une fois, deux fois, et encore une fois devant la table d’hôte. Toutefois, comme il a été bien élevé par sa maman et qu’il a appris les bonnes manières de la chevalerie, il s’abstient de poser quelque question que ce soit sur ce merveilleux prodige, et plonge son nez dans son assiette ou son verre à chaque passage du cortège. Et après chaque passage, les lamentations sont plus fortes et les pleurs plus nombreux parmi la cour, qui semble très, très affectée par la scène.

    Mais bon, le repas se termine, Perceval prend congé de son hôte en le remerciant de son hospitalité, et rejoint sa chambre pour la nuit. Repensant à l’étrange scène dont il a été le témoin, il se dit qu’il se renseignera le lendemain sur la signification de tout ce mystère.
    Le lendemain, il se réveille dans un château désert. Il le parcourt en tous sens, il n’y a âme qui vive. Il trouve son cheval dans les écuries, il a été soigné et nourri, et, ne trouvant personne à qui s’adresser, il rassemble ses affaires, monte sur son cheval, et quitte le château du Roi Pêcheur sans avoir eu l’occasion de se renseigner sur le merveilleux cortège.

    Dans la campagne alentour, toujours aussi dévastée et sans vie, il aperçoit une cavalière qui vient rapidement à sa rencontre, et l’interpelle en ses termes :
    "Tu es un mauvais chevalier ! Pourquoi n’as tu pas demandé au Roi ton hôte ce qu’était le cortège qui a traversé trois fois la salle devant toi ? Tu aurais pu par cette simple question guérir le Roi de sa blessure et redonner vie à son royaume ! Mais tu n’as rien fait, tu ne t’es intéressé qu’à toi-même, et tu n’as fait preuve d’aucune compassion pour tous ceux qui souffrent dans ce royaume ! Va, maintenant, vivre tes aventures, mais que ta conscience ne trouve pas de repos tant que tu n’auras pas réparé ta mauvaise action !".
    Sur ce, la jeune fille éperonne sa monture et s’enfuit dans la campagne.

    Evidemment, Perceval est bouleversé par ce qu’il vient d’entendre. Il réalise soudain qu’il est passé à côté de son devoir de chevalier. Il décide donc de retourner au château du Roi Pêcheur afin de le délivrer de son mal.

    Dans le conte, Perceval ne retrouve pas le château. Il poursuit donc ses aventures, retourne à la cour du Roi Arthur pour y raconter ses aventures et notamment y décrire le prodigieux cortège qu’il a aperçu lorsqu’il était à la table du Roi Pêcheur. Alors, tous les chevaliers se lancent en quête pour retrouver le Gaste Pays et découvrir le secret du cortège mystérieux.
    Perceval est le premier chevalier qui retrouvera le Roi Pêcheur, et, au moment du repas, lorsque le cortège merveilleux passe à nouveau devant la table d’hôte, Perceval se tourne vers le Roi et lui demande quelle est la signification de ce prodige.

    Alors, le Roi se lève, sourit, et toute la cour l’imite et se met à chanter, rire, danser dans un grand élan de joie. Car, en posant la question au Roi, Perceval a guéri la blessure du vieux Roi et redonné aussitôt la vie à son royaume.
    Bien sûr, le Roi a alors raconté au jeune Perceval la légende du Graal, puisque c’est le nom de la coupe merveilleuse qui était portée en cortège. Mais ceci est une autre histoire.

    Cette légende, rapportée au XIVème siècle par Chrétien de Troyes et d’autres auteurs encore après lui, est un mythe très ancien, qui nous parle de nous et de notre terrible souffrance lorsque nous nous sentons blessés au plus profond de notre être.
    Il ne faut pas penser que nos anciens ignoraient les secrets et maladies de l’âme. Si ce n’est qu’au XIXème siècle que la psychanalyse a conceptualisé l’inconscient, il ne faut pas croire qu’il n’existait pas avant. Et souvent les contes et les mythes nous décrivent de manière symbolique comment nos ancêtre approchaient ces questions.

    Dans la légende du Roi Pêcheur, le Gaste Pays est évidemment un royaume en dépression, comme aujourd’hui un homme ou une femme pourrait l’être. Le Roi, dans sa fonction sociale, est l’intermédiaire entre le divin et le royaume : c’est lui qui donne l’impulsion de vie au royaume comme notre volonté donne les impulsions à notre corps. Le Roi blessé est notre volonté brisée, qui ne nous relaie plus les commandements de l’âme, sans laquelle nous ne trouvons plus de sens à la vie, sans laquelle nous ne savons plus pour quoi vivre.

    Et pourtant le conte nous enseigne qu’il y a un trésor merveilleux dans ce royaume, et que pour délivrer le Roi et le royaume de la dépression qui les accable, il suffirait qu’un étranger de passage s’intéresse à ce trésor.
    Perceval est donc le sauveur du royaume, non pas par l’épée et la lance, mais par la compassion et l’intérêt qu’il porte à son hôte, et son souci de découvrir la véritable nature de son trésor.
    Nos anciens avaient donc, et on le comprend à travers de conte légendaire, déjà bien analysé les tenants et aboutissants des plus graves maladies de l’âme, et notamment la perte du sens à donner à la vie. Et dans leurs contes, ils nous livrent aussi un moyen de guérir le royaume : demander "pourquoi".

    Je vous souhaite à tous de rencontrer quelque chevalier errant en votre royaume, et qu’il ait l’audace de vous demander de lui révéler les secrets de votre trésor intérieur.

      La date/heure actuelle est Dim 18 Nov - 21:42